Huîtres contaminées : dans le Morbihan, les ostréiculteurs jouent leur survie

Huîtres contaminées : dans le Morbihan, les ostréiculteurs jouent leur survie
Huîtres contaminées : dans le Morbihan, les ostréiculteurs jouent leur survie

Un geste expert du poignet, suivi d’un crac discret, mais très reconnaissable. « Plus vous limitez la croissance du coquillage, plus la chair de l’huître sera charnue, décrit Jean-François Quintin. L’ostréiculteur tend la coquille comme un joaillier présente sa parure. « Son goût iodé sera plus présent en bouche », poursuit-il. Les pieds dans le sable, Jean-François – « Jeff » – Quintin couve son parc à huîtres de son regard de propriétaire. « Ici, c’est le paradis. Comment imaginer que cet endroit puisse être pollué ? » Difficile de lui donner tort : le lieu est idyllique. En bord d’estuaire, le village de La Trinité-sur-Mer, dans le Morbihan, est un coin prisé des compétitions nautiques. Des maisons cossues côtoient des petites cabanes de pêcheur, chacune tentant d’être au plus proche de la rivière de Crac’h. Cette partie du cours d’eau est ce que les hydrographes appellent une ria – une baie où le sel a grignoté l’eau douce.

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Bien abrité, l’endroit est idéal pour cultiver des huîtres. C’est ce que font depuis des décennies une vingtaine d’ostréiculteurs, dont Jeff Quintin et son équipe. En cette douce matinée de janvier, une poignée d’ouvriers s’active d’ailleurs autour des coquillages dodus de la Maison Quintin. « Cet hiver, nous avons eu de la chance : les parcs de la rivière ont échappé à la fermeture, raconte le chef d’entreprise. L’année dernière, nous sortions à peine d’une interdiction de vente qui a touché beaucoup d’ostréiculteurs. » Un arrêté de la préfecture, pris en décembre 2022, avait interdit à la vente la consommation d’huîtres. Juste avant les fêtes, période cruciale pour la vente des fruits de mer. En cause : la présence d’un norovirus dans les coquillages, responsables chez les consommateurs de gastro-entérite.

Rejets dans la baie de Quiberon

Si la rivière de Crac’h et ses ostréiculteurs ont été épargnés cet hiver, les fermetures ont touché d’autres zones du littoral, comme le Calvados, la Vendée et le bassin d’Arcachon. Entre Noël et la Saint-Sylvestre, les huîtres y ont été interdites à la consommation pendant près d’un mois. Une catastrophe pour les entreprises concernées, mais aussi pour la filière, qui réalise jusqu’à la moitié de son chiffre d’affaires annuel à cette période. « Sur 375 zones surveillées, seules 20 ont été fermées. Mais les effets médiatiques sont colossaux, pointe Philippe Le Gal, à la tête du Comité national de la conchyliculture. Cet épisode, c’est 30 à 50 % du chiffre d’affaires annuel en moins. » D’après les professionnels, ces contaminations des bassins ostréicoles s’expliquent par les eaux usées débordant des stations d’épuration. Plusieurs communes concernées, comme celles de la communauté de communes Auray Quiberon Terre Atlantique – où se trouve La Trinité-sur-Mer – entendent mettre à niveau leur réseau d’assainissement. Mais ces efforts sont en partie contrebalancés par le changement climatique, qui semble entraîner des pluies plus intenses que par le passé. Il y a aussi cet afflux de nouveaux habitants sur le littoral, d’ex-urbains venus goûter la douceur du bord de mer. Eux aussi participent à surcharger les stations d’épuration de l’eau.

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L’enjeu est de taille pour la région. La filière conchylicole représente 130 entreprises et 650 emplois sur la communauté de communes. Or, depuis 2015, « six fermetures ont été décidées en sept ans », pointe Jeff Quintin. La récurrence du phénomène n’est pas surprenante. A Auray et ses environs, soit 24 municipalités regroupant 95 606 habitants, le circuit d’assainissement est très compact : 15 stations d’épuration sont regroupées sur 521 kilomètres carrés. En tout, 853 kilomètres de canalisation en sous-sol. Une bonne partie de ce réseau tentaculaire a été construite dans les années 1960. Ses tuyaux, en amiante, sont souvent vétustes et poreux. Eaux de pluies et usées sont mélangées avant d’être traitées. En cas de fortes précipitations, les sites saturent. En août 2022, un débordement a ainsi entraîné le rejet direct en baie de Quiberon d’eaux non traitées, de la matière fécale flottant dans l’embouchure. « Soyons directs : les gens se baignaient dans la merde », résume Jeff Quintin.

« Pas de risque zéro »

Depuis 2020, un « plan Marshall » de plus de 50 millions d’euros, fruit d’un accord entre l’agence de l’eau Loire-Bretagne, le préfet et le département du Morbihan a permis un renouvellement de son réseau d’eau. Déroulé sur six ans, il doit permettre de moderniser les stations d’épuration situées en bordure de Crac’h et celles des villes voisines également. « Mais c’est un travail de longue haleine », admet François Le Cotillec, maire de Saint-Philibert, une commune de la zone. L’édile sirote un café dans le bureau de Samuel Durand, président du syndicat des ostréiculteurs de la rivière de Crac’h, qui approuve vigoureusement. « La collectivité a pris conscience de l’ampleur des travaux à mener, indique-t-il. Mais malgré ce travail de fond, nous ne sommes pas à l’abri. D’autres problèmes existent. » Sur la côte par exemple, certaines propriétés ne sont pas raccordées au réseau collectif. « En 2022, la fosse d’assainissement d’une maison accueillant 15 vacanciers rejetait directement ses eaux usées dans la mer, se rappelle François Le Cotillec. Nous avons porté plainte contre X. »

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A ces problèmes s’ajoute le succès galopant du littoral. En six ans, le pays d’Auray a gagné plus de 4 000 habitants à l’année. Sans compter l’afflux de touristes à la belle saison, qui fait plus que doubler sa population. « Le préfet du Morbihan nous a signalé lors d’une réunion que la population allait encore augmenter sur la côte. Cela nous préoccupe forcément », poursuit Samuel Durand. Déjà, d’un point de vue économique : la pression immobilière étant déjà élevée, certains ouvriers de l’ostréiculture se logent parfois à « 30, voire 40 kilomètres » de leur lieu de travail. Du côté purement sanitaire, ensuite : les stations d’épuration traiteront-elles correctement ce nouvel afflux de population ? « Les collectivités doivent suivre le rythme de l’urbanisation. Ces investissements sont donc plus lourds pour les communes littorales, souligne Martin Gutton. Et il n’y a pas de risque zéro ». En dépit des travaux, la profession n’est pas non plus à l’abri d’un accident.

Les préfectures du Calvados et de la Manche ont interdit temporairement la consommation et la commercialisation des huîtres produites dans certains secteurs littoraux de ces deux départements, en raison de problèmes sanitaires

Les préfectures du Calvados et de la Manche ont interdit temporairement la consommation et la commercialisation des huîtres produites dans certains secteurs littoraux de ces deux départements, en raison de problèmes sanitaires

© / afp.com/Christophe ARCHAMBAULT

L’avenir du secteur

Pour éviter tout risque de fermeture, les producteurs d’huîtres surveillent donc autant la météo que le trajet des épidémies en France. Quand les deux signaux menacent de se percuter, ils retirent leurs coquillages de la rivière et les placent dans un bassin isolé. « Nous ne sommes donc plus seulement des ostréiculteurs, mais aussi des météorologues et des épidémiologistes ! », plaisante Jeff Quintin. Cette opération leur permet de continuer à vendre malgré la fermeture de leurs parcs. Mais elle n’est pas sans problème : les bassins n’étant pas extensibles, une partie de leur production reste en mer, vulnérable au virus. Elle doit donc attendre un mois avant d’être commercialisée.

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Afin d’accélérer le processus, le secteur tente des expérimentations. Les huîtres de Samuel Durand passent en bassin de purification, quelle que soit la période, afin de les « nettoyer » avant leur commercialisation. De son côté, Jeff Quintin s’est lancé dans un projet aux dimensions pharaoniques. Il projette de construire sur un terrain non loin de son parc à huîtres deux énormes bassins équipés par une start-up française, Coldep. « Avec l’innovation qu’ils proposent, les huîtres pourraient être débarrassées du norovirus deux fois plus rapidement qu’aujourd’hui », espère-t-il.

Technologie de pointe ou non, ces installations ont un coût pour les entreprises. Elles sont financées à hauteur de 30 % par des fonds européens. Des aides insuffisantes, répond le secteur. « La profession a déjà des difficultés de trésorerie. Elle ne peut pas toujours se permettre des investissements aussi importants », avance Samuel Durand. Les ostréiculteurs, qui estiment l’Etat en grande partie responsable de la pollution qu’ils subissent, réclament donc davantage de subventions – à défaut d’une eau plus propre pour leurs coquillages. « Il y va de l’avenir du secteur », estime Jeff Quintin. Et de la consommation d’huîtres à Noël ?

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