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Réflexion

L'artisan selon Pierre-Marie BERNARD.

Le beau et le savoir-faire existent parce que l'objectif essentiel et permanent que se proposent d'atteindre les artisans des métiers de la bijouterie-joaillerie est de :

Vous écouter, comprendre votre désir, satisfaire votre demande et vous faire plaisir.

Plus que tout autre objet façonné par l’homme, le bijou est la réunion du sacré et du matériel. Il est symbole : des étapes de la vie, de l’engagement de deux êtres qui s'aiment. Il témoigne du plaisir, il témoigne de l'affection, de l'amour de l'un pour l’autre.

Un bijou est le fruit d’une chaîne humaine : le dessinateur, le bijoutier, le joaillier, le tailleur de pierre, le sertisseur et le polisseur s’associent pour que vous puissiez y apporter cette touche finale que vous lui donnez en le portant.

A l’heure où l’autonomie est un vrai défi, l’artisan bijoutier-joaillier est un homme fier de son indépendance. Il maîtrise les principaux acquis ancestraux de l’humanité :

  • Le feu, avec lequel il fluidifie le métal.
  • La frappe, pour modeler la matière aux formes les plus inattendues.
  • La précision de son geste, qui lui permet de manier tous ses outils à dents que sont les limes, les scies, les burins, etc., pour donner aux bijoux cette finition égale à nul autre objet.
  • La quête permanente de la subtilité d’une ligne, de l’aisance d’un volume, qui permet à l’artisan de donner cette âme que Lamartine pressentait dans les objets inanimés.

La connaissance des techniques de l'artisan bijoutier-joaillier est très vaste. Ainsi, les nouvelles technologies comme la C.A.O, la soudure L.A.S.E.R ou encore les multimédias, sont appréhendés comme de nouveaux outils permettant de faire encore mieux pour vous.

Les artisans bijoutiers-joailliers peuvent vous parler de leur métier, vous transmettre leur passion, et vous montrer les bijoux dont ils sont fiers, puisqu’ils ont été pensés et réalisés par nous et pour vous. Il s'agit là de la concrétisation de leur savoir-faire et de leur esprit créatif : les artisans mettent leur talent à votre service.

 

LE SENS CACHÉ DES BIJOUX

Il arrive, et c'est heureux, que l’artisan joaillier connaisse des moments de bonheur. Ceux-ci surviennent généralement après ces quelques jours ou semaines de travail lorsque le créateur vend le fruit de sa réflexion, réalisé après une écoute attentive de l’autre, grâce à son savoir-faire. Un de ces instants, magique, est arrivé il y a quelques jours dans mon atelier. Livrer une commande à un jeune papa, celui-ci voulant remercier son épouse pour l’enfant qu’elle lui avait donné, offrir un cadeau de naissance !

Le client, homme jeune, au comportement délicat, élégant jusqu’au détail, insistât à me visiter la veille du jour prévu pour la livraison. Sa préoccupation : payer l’objet. Il s’acquittait d’une tache nécessaire, mais qu'il jugeait dérangeante si elle avait lieu le lendemain devant la mère de leur bébé.

Cette démarche, preuve d'une grande élégance, est émouvante et rare, (au moins dans mon atelier). Le symbole de l’Objet, celui dont j’entretiens le lecteur plus loin, me semble trop souvent oublié. Dans cette situation, le symbole donne un sens au geste : le remerciement.

La construction faite de métal et de minéraux supposés précieux pesant quelques grammes et carats pourrait se voir comme telle, isolée de son contexte, sur une photo ou dans une vitrine par exemple. Mais en situation elle me confirme la réflexion que je me fais souvent, pensée essentielle, affirmation indéniable d’un sens, le sens du bijou.

Les professionnels qui côtoient le public le savent bien, la parure est plus communément destinée à une démarche de satisfaction immédiate lorsqu’il s’agit d’un achat personnel. Lors d'une acquisition faite pour un tiers, l’ornement, voyant et scintillant, est aussi une manière de charmer « l’autre ». Qu’il s’agisse du témoignage de l’engagement fait à la fiancée ou du présent fait à la maîtresse. Dans ces deux derniers cas le bijou est alors témoin d’un cadeau fait à celle qui n’est pas, ou pas encore, « sa » femme. Qu'il soit offert pour remercier, dans notre premier exemple, porté pour vouloir se valoriser aux regards des gens rencontrés, ou encore donné pour attirer l'attention sur soi, le lecteur aura noté que le bijou permet de délivrer un message !

« L’Accessoire ». Cette expression, selon laquelle le bijou ne serait qu'un accessoire, m'est étrangère. Jeune écolier apprenant le vocabulaire, le mot « accessoire » définissait ce qui n’est pas essentiel, ce dont on peut se passer… Aujourd'hui encore, en parcourant les dictionnaires, que mes doigts caressent le papier d’un livre, ou que mes yeux parcourent l’écran d’informations numérisées, la signification du mot accessoire reste identique à lui-même, il qualifie ce qu'il n'est pas nécessaire de retenir, ou d'utiliser.

L’approche peut se comprendre dans notre environnement actuel, mais elle est étonnante si on cherche à vivre le bijou.

Quel contexte ? Depuis le milieu du siècle dernier, la mercatique¹ remplit très bien ses objectifs. Cette science est destinée à gérer la compétitivité de l’entreprise, à fidéliser le client sur ses produits. En inventant le bijou accessoire, elle sert les intérêts financiers de quelques-uns, formate les équipes de travail, hypnotise les clients, étrangle les fournisseurs ou les oublie au profit d'une main d’œuvre lointaine… Lorsqu’il s’agit de vendre des nutriments de base, un mobilier à usage unique, ou faire voyager des grappes d’humains vers des destinations ensoleillées…, peut-être pouvons-nous dire, pourquoi pas ! Il nous arrive alors d’en profiter, parfois.

Mais, s'agissant du bijou, produit vendu dans la catégorie « Luxe », est-il honnête de le gérer de façon identique ? Analysons les approches conceptuelles de certains.

  • Les archéologues et anthropologues voient dans la parure, même si toutes les parures ne sont pas bijoux, le marqueur d’une pensée symbolique. Le bijou est systématiquement symbole, un message à l’autre ; le témoin d’un statut social ; une unité patrimoniale ; il aide certains dans leur aspiration à la transcendance ; il peut même de temps en temps être techniquement utilitaire².
  • Pour les joailliers, la bague et les boucles d’oreilles, les colliers et les broches, diadèmes et autres bracelets…se réfèrent à l’élégance. La réalisation impose des savoirs faire vastes, précis, astucieux. Ils doivent être bien réalisés, ils exigent maîtrise et dextérité. On les veut agréables à porter, confectionnés avec les matières les plus rares et les plus nobles, 
  • Chez l’historien, le bijou est un élément remarquable, témoin temporel, validant l’idée qu’il se fait de tel personnage ou telle société; le latiniste voit dans son étymologie médiévale, Bis-Joccare, ces doubles jeux qui peuvent être, jeux de lumière, jeux diplomatiques, jeux commerciaux, jeux de l’amour...
  • L’artiste concrétise sa réflexion et la rend accessible à la manipulation, ainsi il transpose ses œuvres en bijou.
  • Grâce au bijou, le styliste explore des techniques et des matières, accroche au corps humain l’objet de son imagination, ré-invente l’esthétique, bouscule les codes.
  • Parce que certains moments de la vie demandent de s’exprimer au-delà des mots, le client fait un effort financier pour acquérir cet objet. Dans le secret de son esprit, nous pouvons deviner le sens qu’il donne à l'objet décoratif de ses rêves. Sens qu’il énonce peu ou mal, souvent avec embarras et timidité auprès de l’homme de métier. C'est donc à ce dernier de traduire fidèlement des vœux difficilement exprimables.

Le luxe est là, selon l’analyse de chacun.
Symbole chez l’archéologue. Prouesse chez le joaillier. Repère du temps chez l’historien. Œuvre préhensile chez l’artiste. Exploration chez le styliste.

Émotion chez celui qui le porte. Effort chez celui qui l’offre… Pérennité pour la plupart…

Où est l’accessoire ?

La mercatique nomme accessoire des objets qui dans la réalité des coulisses d'un métier, sont faits à l’économie, c'est-à-dire le moins cher possible. Alors on économise la matière, les savoir-faire sont restreints, on simplifie des techniques, on limite des connaissances, la recherche esthétique est réduite…

Que d’abandons pour le plus grand bien de l’Économie (et de quelques actionnaires) ! Le discours, les photos, les publicités manipulent, déforment, envahissent, obscurcissent... avec science les esprits des consommateurs qui, croyant acheter des bijoux, ne produisent que des marges bénéficiaires.

Demandons-nous si cette économie est encore celle du luxe !

Parler des charges symboliques qui entourent « ce monde rayonnant de métal et de pierre » cher à Baudelaire, permet de rendre à l'objet la place d'honneur qu'il mérite dans le cœur des femmes et des hommes qui l'utilisent.

Le professionnel, peut se contenter d'un simple argumentaire de vente. Énumérer la composition et le poids d'un objet, vanter la teinte d'une pierre précieuse en correspondance avec la couleur des yeux, ou encore faire prendre conscience d'un achat à réaliser urgemment en le liant à une offre promotionnelle temporaire... Mais, et nous le constatons presque quotidiennement, notre discours sur la charge symbolique de l'objet convoité modifie plus sûrement le comportement de nos clients. La parole est libérée, les regards brillent, les cœurs s'ouvrent, les sommes budgétées s’accroissent...

Ami lecteur, ces quelques lignes répondent-elles aux impressions suggérées ? Si d'aventure l'un de vous veut apporter la contradiction, du débat naîtra d'autres richesses bienvenues.

Pierre-Marie Bernard

Octobre 2014

¹ Marketing en globish
² Les chercheurs identifient quinze groupes de marqueurs de la pensée symbolique de la parure.